Une sortie, 20km, les photos valent mille mots

Le 23 mai 2019, j’avais pris mon vélo pour aller faire un petit tour pour me maintenir en forme.

Et puis paf, je suis tombé sur une petite haie qui avait été déracinée au bord de la route, plus loin c’est un vieux mur de pierres qui avait disparu et ainsi de suite… Pour vous faire une idée regardez les images ci-dessous. Elles ont toutes été faites en seulement 1h30 sur un circuit d’une vingtaine de km.

Les Écorces – Une haie en moins

Les Écorces – même endroit vu sous un autre angle

Les Écorces – un mur de pierres sèches qui disparait

Frambouhans – Une doline que l’on comble

Bonnétage – un autre mur en moins

Cerneux-Monnot – Une autre doline que l’on rebouche

Fournet-Blancheroche – Et une doline de plus… en moins

Fournet-Blancheroche – Une zone de bas marais en lisière de tourbière qui disparait.

Fournet-Blancheroche – Autrefois, ici, il y avait de nombreux narcisses.

Charquemont – Un petit coup de casse-cailloux

CO2 mon amour – France Inter s’intéresse aux casse-cailloux

Le 28 avril 2018, Denis CHEISSOUX, producteur à France Inter de « CO2 mon amour», avait consacré son mot d’humeur au problème de la destruction des affleurements rocheux par les casse-cailloux.

Vous croyez avoir tout vu, avec la déforestation à marche forcée des forêts primaires, l’extermination des insectes butineurs, les forages au forceps des schistes bitumineux, le bétonnage forcené des côtes à touristes ensoleillées, le colmatage par l’asphalte de milliers d’ hectares de bon humus fertile, l’éventration des terres agricoles jusqu’à l’os par les diaboliques charrues réversibles à quatre socs, les robots exterminateurs de grumes, les gyrobroyeurs, épareuses et autres monstres transformers géants  de science sans fiction …. Et bien régalez-vous, la réalité va encore plus loin, direction la Franche-Comté, magnifique territoire fait de cluses, reculées, de vignobles à ses pieds, de lynx, de résurgence plus en hauteur, d’absinthe, de lait, de bois, d’horlogerie et d’hommes .

Découvrez la fabuleuse efficacité destructrice du « casse-cailloux ». Un nom à priori sympathique sauf quand était un bagnard en partance de l’île de Ré pour les camps de la transportation de Cayenne ; mais carrément épouvantable quand on découvre, impuissant le résultat de son travail sur les prairies calcicoles semi-sauvages et fleuries du Jura…

En mai 2017, dans le Haut-Doubs, un agriculteur a passé plus de 4 hectares de prairie calcicole au casse-cailloux dont près du tiers classé en zone Natura 2000.

Le casse-caillou est un énorme tracteur très puissant avec la force de plein de chevaux francs-comtois dedans/ traînant un gros broyeur qui réduit les pierres en poudre. Le but : planter plus de trèfle et de ray-grass pour nourrir les vaches à comté. Ce qui entraîne la disparition des pelouses sèches et avec elles toute une biodiversité : les orpins, la gentiane jaune, le serpolet… mais aussi l’apollon, l’azuré du serpolet, une fourmi rouge, l’alouette lulu, la pie-grièche écorcheur… j’en broie et des meilleurs.  Sans parler du relief qui commence à ressembler à celui de la Beauce

Car il faut encore et toujours gagner sur l’espace naturel, raser même la montagne, pour nourrir les vaches qui produiront ce fantastique comté d’appellation un peu incontrôlée quand on apprend cela. Bref l’homme qui ne croit qu’en la technique peut être fiérot d’avoir pondu cette nouvelle arme de destruction massive lancée dans cette guerre incessante livrée à la nature : disparition quasi définitive de toute la faune et la flore qui s’y réfugiaient encore … De nombreuses associations, des scientifiques et des particuliers ont constitué un Collectif « Pour les Paysages du Massif jurassien » pour tenter de stopper ce massacre. Il y a urgence, de nombreux casse-cailloux qui se sont reproduits durant l’hiver, sont prêts à passer à l’action !

De vastes nouvelles prairies de raygrass et de trèfles… (Cabrel) sur un désert de cailloux, sans qu’il y ait des milliers de roses, que des cailloux broyés. Et vous pensez que ce monde est sérieux.

Oui le temps de certains paysages du Jura sont aujourd’hui comptés. Viens, la vache, viens l’abeille on va jouer au casse-cailloux !

Bonnétage – Destruction Haie

« Quand nos paysages disparaissent… » : conférence et débat à Orchamps-Vennes

Murs, murgers, affleurements rocheux des paysages du Haut-Doubs sont au coeur d’un débat de société. La conférence « Quand nos paysages disparaissent… Murs, murgers, affleurements rocheux… » est organisée ce vendredi 10 novembre à la salle du foyer à Orchamps-Vennes à 20 heures par plusieurs associations de défense de l’environnement. Objectif : informer, débattre et amorcer le dialogue.

Isabelle Brunnarius – Lire la suite de l’article en cliquant sur le lien ci-dessous.

Les dolines

La formation des dolines – que l’on appelle aussi « emposieux » ou “creux“ – trouve son origine dans la dissolution du fond rocheux ou dans l’effondrement du toit d’une cavité sous-jacente.

De fins connaisseurs de la chaîne du Jura, habitués de longue date à parcourir monts et vaux, affirment qu’ils remarquent clairement que certaines dolines s’approfondissent d’année en année.

Les géologues le confirment : les dolines se creusent progressivement et témoignent, à leur échelle, de l’évolution du paysage.

Singularité paysagère, les dolines sont aussi des biotopes précieux pour certaines espèces végétales et certains animaux qui y sont associés, comme les papillons. Elles jouent également un rôle clé dans l’infiltration des eaux de surface dans le sol et donc dans les débits des rivières.

Anciennes décharges, comblement par des matériaux de démolition, abandon de déchets verts, disparition pour cause de nivellement,…les dolines sont également en danger de disparition. Les dolines sont donc souvent prises pour des poubelles. L’eau de pluie et de ruissellement percole directement à travers les déchets abandonnés dans les dolines.

Problème : dans le karst, les sols, qui jouent un rôle de filtre naturel, sont peu épais, voire inexistants dans les dolines. Cette absence de filtre facilite le transfert des éléments polluants vers le sous-sol et créé un danger d’atteinte à la qualité des eaux de sources captées en aval.

Le comblement des dolines et le nivellement du terrain abouti à un appauvrissement du paysage…

Merci de ne pas combler les dolines afin de préserver la diversité du paysage et leur fonction écologique et hydrogéologique.

Richesse de la faune et la flore

Les pâturages du Jura avec leurs bosses caillouteuses et leurs creux sont vraiment une spécificité de nos paysages. En plus de leur beauté intrinsèque, ils offrent des habitats riches en espèces de toutes sortes. Sur ces endroits, il s’y pratiquait une culture extensive qui permettait de conserver une importante richesse floristique et faunistique. Mais l’intensification des pratiques agricoles a changé la donne. L’utilisation du casse-cailloux reste la plus brutale de par ses effets irréversibles.

En peu de temps, les bosses, les affleurements rocheux et autres éléments karstiques, les haies, les murs et murgers si importants pour la biodiversité sont éliminés et le terrain complétement lissé. Bien que les premiers cas de girobroyage datent des année 1990, cette pratique est aujourd’hui méconnue, autant du grand public que de certaines autorités. Il est donc impératif de faire connaître ce problème autour de vous. On est surpris des réactions qui montrent un attachement fort à ce type de paysage si caractéristique de notre Massif Jurassien.

Jusqu’à présent, aucune loi ne règlemente vraiment l’utilisation du casse-cailloux. Un collectif de plusieurs associations régionales essaie de sensibiliser le public, de convaincre les instances décisionnaires, le monde agricole de la protection nécessaire de ces habitats. Mais le combat est âpre, d’autant plus qu’il n’existe pas à ce jour de données fiables sur :

  • l’ampleur des dégâts,
  • la richesse de ces milieux encore existant,
  • la réelle richesse biologique de ces endroits,
  • sur les effets agronomiques de la pratique du casse-cailloux,

Ci-dessous un petit montage vous montrant la richesse paysagère, faunistique et floristique des ces milieux

Les affleurements rocheux

Les affleurements rocheux du Massif Jurassien sont une particularité unique au niveau européen.

La variété des milieux, la mosaïque paysagère, l’exploitation traditionnelle des herbages caractérisent le Jura, un haut lieu encore aujourd’hui de la biodiversité. Pour autant, celle-ci connaît un recul massif ces vingt dernières années, notamment sous l’effet de l’intensification des pratiques agricoles.

La perte de biodiversité touche sérieusement notre région. Si l’on prend l’exemple des oiseaux, le taux d’espèces nicheuses menacées est de 40 % en Franche-Comté. C’est plus important qu’au niveau national. En Franche-Comté, le problème est plus important qu’en Bourgogne : 2 espèces nicheuses ont disparu en Bourgogne, 13 en Franche-Comté.

La part d’espèces « en danger critique d’extinction » est de 17 % en Franche-Comté, le double de la Bourgogne ! C’est dire s’il y a urgence à protéger la biodiversité de notre « grande » région, notamment dans sa partie montagneuse !

Pour qu’une espèce se maintienne, il faut non seulement que son habitat soit conservé mais également que les surfaces soient suffisamment vastes et connectées afin de maintenir une population et une diversité génétique suffisantes. Ce constat est à l’origine de la mise en place des trames vertes et bleues. La particularité des affleurements rocheux est d’être un écosystème discontinu, en « pas japonais » (taches dispersées). La destruction d’une seule des taches a un impact.

Uniformisation

L’alternance prairies de fauche (fleuries?) et pâtures parsemées d’affleurements, pré-bois, dolines, haies constituent un paysage remarquable propre au Massif Jurassien. Le modèle de pratiques agricoles qui se généralise conduit à l’uniformisation du paysage qui se banalise. Comment justifier de produits d’un terroir dans ces conditions, comment justifier d’un attrait particulier auprès de visiteurs ?